Les accumulations de neige font partie intégrante de l’hiver et les bâtiments sont conçus pour y faire face. Toutefois, la charge réelle exercée sur une toiture ne dépend pas uniquement de la quantité de neige visible, mais surtout de son poids et des conditions météorologiques.
Savoir quand intervenir permet de réduire les risques pour la structure, d’éviter des infiltrations d’eau et d’assurer la sécurité des occupants.
Cet article propose de passer en revue les principaux facteurs à considérer pour décider quand un déneigement de toiture devient pertinent : l’effet des redoux sur la neige, les signes de surcharge observables sur le bâtiment, l’impact des accumulations de glace, les situations où il est préférable de ne pas intervenir, ainsi que les précautions essentielles à prendre pour effectuer ces travaux en toute sécurité.
Quand la neige change de nature : l’impact des redoux
Le moment le plus stratégique pour déneiger une toiture se situe lorsqu’une succession de neige, de pluie et de redoux suivie de gel est annoncée.
Dans ces conditions, la neige subit des cycles de gel et de dégel qui modifient rapidement sa composition. Une neige fraîche et poudreuse contient beaucoup d’air et exerce une pression relativement faible sur la toiture. En effet, lorsqu'une quantité de neige de ce type tombe, elle occupe un plus grand volume pour une densité moindre. Lorsque la neige se tasse ou commence à fondre, sa densité augmente et son épaisseur diminue. Toutefois, en l’absence d’apport ou de perte d’eau, la masse totale présente sur la toiture demeure la même, de sorte que la charge exercée sur la structure ne varie pas. En revanche, l’ajout de pluie, d’eau de fonte retenue ou de nouvelles précipitations augmente la masse totale et, par conséquent, la charge appliquée à la toiture.
Une couche de neige qui semble stable peut devenir problématique en quelques heures, surtout si de la pluie s’ajoute à une accumulation existante. Intervenir avant ou au début d’un redoux permet souvent de réduire les risques à moindre coût et avec moins de glace à gérer.
Quand le bâtiment parle : reconnaître les signes de surcharge
Certains signes visibles à l’intérieur ou à l’extérieur du bâtiment indiquent que la structure commence à être surchargée. Ces signaux ne doivent jamais être ignorés, car ils peuvent précéder une déformation permanente ou, dans des cas extrêmes, un affaissement partiel, ou même un effondrement complet.
Il faut être particulièrement attentif si les signes suivants sont présents :
- des craquements, grincements ou bruits inhabituels ;
- des portes ou fenêtres qui deviennent difficiles à ouvrir ou à fermer ;
- de nouvelles fissures ou des plus anciennes qui s’élargissent sur les murs ;
- des plafonds qui se bombent, se fissurent ou s’affaissent ;
- des rebords de toit(ou le toit)qui se déforment.
Ces manifestations sont souvent le résultat d’une déformation progressive de la structure du toit sous le poids, même si la quantité de neige semble visuellement raisonnable. Dans un tel contexte, le déneigement doit être considéré comme une mesure de prévention immédiate.
Prenons maintenant un exemple concret bien de chez nous, tout près de notre bureau situé à Montréal, dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Pour une maison résidentielle typique dans ce secteur, le Code national du bâtiment du Canada, à son annexe C, fournit les valeurs climatiques suivantes : une charge de neige au sol Ss d’environ 2,5 kPa (environ 52 lb/pi²) et une charge de pluie associée Sr d’environ 0,4 kPa (environ 8 lb/pi²). En utilisant l’équation simplifiée de la Partie 9 du Code, portant sur les maisons, et en l’appliquant à une maison d’environ 30 pi de largeur (environ 9,1 m), on obtient une charge (nominale) de neige de calcul sur la toiture d’environ 1,5 kPa, soit environ 32 lb/pi².
Ce chiffre représente la charge de conception (non pondérée) pour laquelle la toiture est conçue selon les règles du Code, pour un événement climatique rare statistiquement attendu environ une fois tous les 50 ans.
Accumulation de glace : un facteur aggravant à surveiller
La formation de glace au rebord de la toiture est fréquente lors des périodes de gel et de dégel. Lors d’un bref redoux, la neige peut se densifier et générer de l’eau de fonte. La présence d’eau de pluie sur la toiture peut également contribuer à la formation de glace lorsque les températures chutent sous le point de congélation. De plus, si la ventilation de l’entretoit est inadéquate, la chaleur provenant du bâtiment peut provoquer la fonte de la neige en partie supérieure du toit. L’eau ainsi produite s’écoule vers les zones plus froides, notamment au bas du toit, où elle regèle et forme des accumulations de glace.
Ces accumulations de glace posent plusieurs problèmes :
- elles peuvent se détacher soudainement et causer des blessures corporelles ou endommager des biens matériels ;
- elles bloquent l’écoulement de l’eau, favorisant l’accumulation et les infiltrations d’eau sous les bardeaux ou les membranes.
Savoir quand ne pas intervenir
Il est important de rappeler que, dans des conditions hivernales normales, une toiture conforme aux normes est conçue pour supporter des charges de neige habituelles.
En l’absence de redoux, de pluie, de glace problématique ou de signes de surcharge, il est donc souvent possible de laisser la neige en place sans risque immédiat. Cela permet d’éviter des interventions inutiles et d’autres types de risques liés à la sécurité.
C’est pourquoi, en pratique, lorsque la neige observée sur un toit est dense, humide ou tassée, il est raisonnable de commencer à en envisager le déneigement. Pour notre maison de Saint-Laurent, ce serait bien avant d’atteindre les 17 à 20 po correspondant à la charge de conception prévue par le Code national du bâtiment. Un seuil préventif de l’ordre de 12 à 15 po (30 à 40 cm) de neige dense constitue souvent un signal sérieux pour intervenir, surtout si des redoux ou de la pluie sont annoncés dans les prochains jours.
Intervenir sans se mettre en danger
Le déneigement préventif de toiture demeure une activité à risque. Les surfaces sont glissantes, les hauteurs importantes et les chutes de neige ou de glace peuvent être imprévisibles.
Les travaux en hauteur nécessitent :
- une évaluation des risques ;
- des équipements adaptés ;
- des méthodes sécuritaires pour protéger les personnes au sol et sur la toiture.
Pour les toits plats, les immeubles à logements ou les toitures difficiles d’accès, confier le travail à des professionnels qualifiés est souvent la décision la plus sécuritaire et la plus responsable.
Conclusion
Les accumulations de neige sur une toiture soulèvent une question centrale chaque hiver : quand faut-il réellement intervenir pour prévenir un risque structurel, sans s’exposer inutilement à des dangers évitables ? Contrairement à une perception répandue, la hauteur de neige visible n’est pas, à elle seule, un indicateur fiable du risque. L’analyse présentée dans cet article a démontré que la densité de la neige, l’évolution des conditions météorologiques et les signes observables sur le bâtiment sont les véritables facteurs déterminants.
Le bon moment pour déneiger une toiture ne dépend pas d’un seuil universel de hauteur de neige, mais d’une évaluation globale du contexte climatique, de l’état du bâtiment et de la nature des accumulations. Cette approche s’inscrit dans les principes de conception du Code national du bâtiment et dans les pratiques reconnues en ingénierie, en misant sur la prévention plutôt que sur la réaction tardive.
Il convient cependant d’admettre que chaque bâtiment possède ses propres caractéristiques qui peuvent influencer sa capacité réelle à supporter les charges hivernales ; les conditions météorologiques locales parfois extraordinaires peuvent également entraîner des accumulations difficiles à prévoir malgré les principes établis. C’est dans ce contexte que les experts d’Origin interviennent, lorsque les signes ont débuté leur apparition et qu’il faut désormais évaluer les risques d’effondrement ou les causes de celui-ci. Ils peuvent également conseiller des méthodes d’intervention sécuritaires, notamment dans les situations d’urgence où la structure doit être stabilisée, où des mesures temporaires doivent être mises en place ou lorsque des travaux d’urgence sont requis afin de réduire les risques d’effondrement.
Une prévention éclairée demeure toutefois l’un des meilleurs moyens de traverser la saison hivernale en toute sécurité.