L’électronique embarquée désigne l’ensemble des systèmes électroniques intégrés à l’intérieur d’un appareil afin d’en assurer le fonctionnement, le contrôle ou l’optimisation. Autrement dit, ce sont des composantes électroniques (circuits, capteurs, microcontrôleurs, logiciels) qui circulent dans tout l’équipement pour le faire fonctionner.
Le principe de l’électronique embarquée occupe aujourd’hui une place centrale dans la conception des véhicules modernes. De la gestion du moteur aux systèmes de sécurité active, en passant par le confort et les dispositifs de recharge, les voitures dépendent désormais d’un amalgame complexe de modules, de capteurs et de conducteurs électriques les reliant. Si ces systèmes permettent une performance et une automatisation accrues, ils comportent aussi leur lot de vulnérabilités. Un simple témoin lumineux allumé au tableau de bord peut signaler un défaut anodin… ou être le signe précurseur d’une défaillance critique, voire d’un incendie. Plusieurs défaillances peuvent même ne pas être perçues par le véhicule.
Pour mieux comprendre comment une anomalie électrique peut évoluer, il est essentiel de connaître la structure du système. Dans cet article, nous discuterons des bases de l’architecture électronique des véhicules et des enjeux techniques liés à ses défaillances.
Modules électroniques et dispositifs de protection intégrés
Les véhicules modernes comptent généralement jusqu’à plus de 100 modules électroniques distincts, chacun dédié à une fonction bien précise. On y retrouve des calculateurs de fonctionnement du moteur, des contrôleurs de batterie, des unités de freinage, de climatisation ou encore des systèmes d’aide à la conduite. Ces modules échangent continuellement des données via différents protocoles de communication, comme le CAN, le LIN ou l’Ethernet.
L’alimentation de ces circuits repose sur des systèmes basse tension, le plus souvent en 12 V, bien que certains véhicules récents utilisent du 48 V pour les accessoires plus énergivores. Pour protéger ces systèmes, différents dispositifs sont mis en place. Les plus répandus sont les fusibles dont un filament interne fond sous l’effet d’un courant excessif.
Les défaillances et les symptômes les plus courants dans les circuits automobiles
Certaines défaillances électriques reviennent fréquemment dans les ateliers. Un connecteur mal enclenché ou corrodé peut entraîner une résistance électrique localisée, provoquant une surchauffe, parfois suffisante pour faire fondre l’isolant ou générer un arc électrique. De la même manière, un conducteur pincé ou en frottement sur un autre composant métallique, souvent à la suite du remontage d’un composant de grande dimension comme un pare-chocs ou le tableau de bord, peut exposer le conducteur au châssis, causant un court-circuit. Ce type de défaillance s’accompagne parfois de symptômes typiques, comme des témoins lumineux qui s’allument ou s’éteignent de façon aléatoire, des modules électroniques qui redémarrent seuls, des accessoires qui cessent momentanément de fonctionner (radio, phares, vitres, etc.) ou encore des bruits inhabituels de relais qui claquent. Dans le cadre de nos démarches d’investigation, chez Origin, il nous est possible d’observer des traces d’activité électrique attribuables à de tels problèmes.Par exemple, nous pouvons examiner un conducteur de cuivre qui est retrouvé soudé à un bord tranchant ou dont une partie est endommagée par fusion.
Pourquoi un incendie peut-il se produire malgré la présence de fusibles ?
Il peut sembler contre-intuitif qu’un incendie survienne alors que le système est censé être protégé. Pourtant, dans la pratique, les fusibles ne protègent pas de toutes les défaillances potentielles. Un fusible électrique est conçu pour limiter le courant dans le circuit qu'il protège. Cependant, une défaillance électrique peut parfois survenir même si cette valeur de courant n'est pas atteinte. C'est d’ailleurs le cas du contact résistif. Lors d’un contact résistif, le courant dans un circuit peut demeurer inférieur à celui admissible par le fusible, mais générer une quantité de chaleur suffisante pour embraser son environnement immédiat.
Le danger augmente également lorsque des matériaux combustibles sont situés près des sources de chaleur. Une gaine de mousse, un isolant acoustique ou simplement des poussières grasses accumulées autour d’un faisceau de conducteurs peuvent s’enflammer bien avant que l’élément d’un fusible n’ait fondu. Les arcs électriques produits lors de faux contacts ou de ruptures de continuité génèrent des températures suffisamment élevées pour dégrader, carboniser et ultimement allumer les matériaux environnants. Dans certains cas, un incendie peut se déclarer dans le tableau de bord, dans le compartiment moteur ou encore sous les sièges, où de nombreux conducteurs passent à proximité de mousses inflammables.
Les défaillances électroniques sont davantage observables avec la densification de la technologie dans les véhicules. En effet, avec plus de modules et de conducteurs présents dans un même espace, une source de chaleur ponctuelle sera fort probablement en contact avec un autre composant.
Les particularités des véhicules hybrides et électriques
Les véhicules hybrides et électriques présentent des défis supplémentaires en matière de sécurité électrique. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la majorité des incendies sur ces véhicules ne provient pas du circuit haute tension (50 V et plus), mais bien des composants basse tension, souvent identiques à ceux des véhicules thermiques. Le système haute tension ne sert essentiellement qu’à propulser le véhicule. Le système basse tension (12 V) gère quant à lui une multitude de composants critiques : pompes, contrôleurs, gestion thermique, sécurité, capteurs divers. Une défaillance sur du câblage ou un connecteur mal protégé dans ces systèmes peut engendrer un court-circuit avec les mêmes conséquences qu’un véhicule plus classique à moteur thermique.
Cela dit, la défaillance d’un composant haute tension demeure une source de risque, notamment lorsqu’un problème de refroidissement de la batterie survient. Par exemple, une pompe à liquide de refroidissement défaillante, un ventilateur bloqué ou une vanne coincée sont tous des cas pouvant entraîner une surchauffe dans la batterie haute tension, dont des cellules pourraient s’emballer si la température dépasse un certain seuil. Un incident de ce type est difficile à contenir, car la densité énergétique de certaines batteries, particulièrement les batteries au lithium-ion, est telle qu’un incendie qui démarre dans une cellule peut se propager à l’ensemble du module.
Conclusion
L’architecture électrique des véhicules modernes est complexe, interconnectée, et chaque modification ou réparation peut entraîner des conséquences imprévues si elle n’est pas effectuée selon les règles de l’art.
Dans cet article, nous avons présenté les bases de l’électronique embarquée des véhicules modernes, leurs mécanismes de protection et les principales défaillances électriques, en soulignant les particularités propres aux véhicules hybrides et électriques. À la suite d’un sinistre, le rôle de l’expert forensique ne se limite pas à identifier un composant défaillant. Chez Origin, nous analysons les mécanismes électriques en cause, reconstituons la séquence des événements, documentons les indices matériels et évaluons l’interaction entre les systèmes basse et haute tension. Cette approche permet d’établir un lien causal rigoureux, de distinguer une défaillance intrinsèque d’une intervention inadéquate ou d’un facteur environnemental, et d’éclairer les décisions techniques et assurantielles qui en découlent.
Dans un contexte où l’électronique embarquée occupe une place croissante et où les architectures hybrides et électriques complexifient les analyses, une expertise spécialisée devient un levier essentiel pour comprendre non seulement ce qui s’est produit, mais pourquoi cela s’est produit et pour voir au-delà de la tôle en interrogeant des outils technologiques et en faisant parler l’imagerie et les données.Ce sera le sujet d’un futur article !
Pour nous mandater, c’est ici.
1 Smith, G. M. (18 juillet 2025). « What is CAN Bus (Controller Area Network) ». Dewesoft. https://dewesoft.com/blog/what-is-can-bus
2Dans cet article, nous privilégions l’usage du terme « e-fuse » afin de faciliter sa lecture.
3Optifuse.(s.d.). « Type ANR Automotive Blade Fuse Standard ». https://d23ezng0vx028q.cloudfront.net/userfiles/documents/products/anr/anr.pdf
4Gluckman, D.(30 mars 2025). « The E-Fuse Kicks the Classic Blade-Style Fuse to the Curb». Car And Driver. https://www.caranddriver.com/features/a64127857/the-e-fuse-kicks-the-classic-blade-style-fuse-to-the-curb/
