Longtemps moins répandus en Amérique du Nord, les bidets sont aujourd’hui beaucoup plus présents dans les résidences. Plusieurs de ces appareils sont relativement abordables et commercialisés comme pouvant être installés directement sur une toilette existante, parfois par l’utilisateur lui-même.
L’installation paraît effectivement simple : on ferme l’alimentation en eau, on ajoute un raccord ou une conduite vers le bidet, on installe l’appareil, puis on remet l’eau.
Pourtant, cette petite modification d’apparence simple ajoute de nouveaux points de défaillance potentiels sur un réseau pouvant être continuellement soumis à la pression de l’eau.

L’installation : une source de contraintes à ne pas négliger
Les raccords de plomberie utilisés avec les bidets sont souvent relativement simples à assembler. Cependant, un serrage excessif peut notamment déformer un joint, endommager un filetage en plastique ou introduire des contraintes importantes. Un enjeu particulier est que ces contraintes ne mènent pas nécessairement à un bris immédiat, mais peuvent favoriser l’apparition d’un bris progressif et entraîner une fuite plusieurs mois ou années après l’installation originale.

La géométrie de l’installation joue également un rôle. Une conduite trop courte, fortement courbée ou pliée près d’un raccord, peut créer des contraintes mécaniques localisées supérieures à celles normalement prévues lors de la conception de la pièce.
Sous pression… même lorsqu’on ne l’utilise pas?
Les bidets sont généralement raccordés directement au réseau d’alimentation en eau du bâtiment. Certains de leurs composants peuvent donc demeurer sous pression même lorsque l’appareil n’est pas utilisé, ce qui explique pourquoi la défaillance d’une petite pièce peut provoquer un dégât d’eau important.
De plus, tous les appareils ne sont pas conçus pour être utilisés de la même façon. En effet, certains fabricants indiquent expressément que le robinet ou la valve alimentant le bidet doit être fermé après chaque utilisation. En pratique, cette directive peut être méconnue, oubliée ou simplement ne pas être suivie systématiquement.
Au-delà du respect des instructions, cette situation peut également soulever une question de conception : est-il approprié qu’une pièce raccordée à un réseau domestique dépende d’une intervention systématique de l’utilisateur pour ne pas demeurer sous pression?
Un produit disponible sur le marché est-il toujours conforme?
La réponse courte est : pas nécessairement.
Les produits de plomberie sont aujourd’hui facilement accessibles au grand public, notamment par l’intermédiaire du commerce en ligne. Un produit conçu ou commercialisé pour plusieurs marchés peut ainsi être offert dans une juridiction où les exigences réglementaires diffèrent.
Au Québec, la réglementation pertinente est notamment prévue au chapitre III – Plomberie du Code de construction, lequel incorpore le Code national de la plomberie – Canada 2020, auquel s’ajoutent les modifications du Québec[1], ou, pour faire simple, le Code de plomberie.
Le Code de plomberie prévoit notamment des exigences relatives à la certification ou à l’approbation des matériaux, appareils et équipements destinés à une installation de plomberie.
Pour certaines classes de bidets, le Code de plomberie exige notamment la conformité à la norme ASME A112.4.2/CSA B45.16, « Personal Hygiene Devices for Water Closets ».
Cette norme comporte entres autres les exigences relatives à des critères de performance ainsi qu’à la prévention du refoulement pour éviter la contamination de l’eau potable.
Selon la configuration de l’installation, d’autres composants peuvent également être assujettis à leurs propres normes. C’est notamment le cas des conduites flexibles parfois fournies avec les bidets, pour lesquelles la norme ASME A112.18.6/CSA B125.6 établit des exigences spécifiques.

Pourquoi est-ce important?
Une certification permet notamment d’établir les exigences minimales de performance auxquelles une pièce doit satisfaire. Bien que la conformité à une norme ne garantisse pas qu’une gamme de produits ne fera jamais défaut, elle permet de comparer les conditions réelles d’utilisation avec les conditions pour lesquelles le produit a été conçu. À l’inverse, si aucune certification ou approbation applicable ne peut être établie, la pièce n’était peut-être pas destinée à être vendue ou installée.
Quand la chimie s’en mêle
Un bidet et ses composants associés peuvent réunir plusieurs familles de matériaux, notamment : les plastiques, les élastomères (caoutchoucs) et les métaux. Ces matériaux doivent être conçus de façon à conserver des propriétés adéquates pendant leur durée de vie utile.
Or, l’eau potable n’est pas une eau chimiquement pure. Elle contient notamment différents minéraux et ions dissous ainsi que certains produits utilisés pour son traitement.
Les matériaux utilisés en plomberie devraient normalement être sélectionnés pour être compatibles avec cet environnement. Certaines conditions particulières peuvent néanmoins favoriser des phénomènes de dégradation à long terme, comme la corrosion des composants métalliques ou la fragilisation de certains matériaux polymères.

À cela s’ajoute l’environnement de la salle de bain, où différents produits ménagers peuvent être entreposés et entrer en réaction avec les matériaux.
L’enjeu demeure à savoir si la pièce n’était pas adaptée à son environnement ou bien si l’environnement était problématique. Parfois, il s’agit d’une combinaison des deux facteurs.
Que peut révéler une expertise?
L’analyse d’une pièce défaillante commence généralement par un examen visuel, notamment pour documenter :
- le bris, la fissure ou l’origine de la fuite;
- la marque et le modèle du produit, le fabricant ou le distributeur, et les certifications;
- la configuration générale de l’installation, lorsque possible;
- les éléments visuels relatifs à la défaillance.
Lorsque nécessaire, l’examen peut être complété par des essais complémentaires, tel que des analyses au microscope, des analyses chimiques ou d’autres tests en laboratoire.
L’objectif est ultimement de départager quelques grandes familles de causes, en l’occurrence un défaut de conception ou de fabrication, une installation inadéquate, une dégradation en service (conditions normales ou anormales), une sollicitation/intervention externe, ou une combinaison de ces facteurs.
Cette analyse permet notamment d’identifier la ou les parties potentiellement responsables de la défaillance.
Avant de retirer la pièce
Il est évidemment normal de devoir arrêter rapidement une fuite et de remettre les lieux dans leur état d’origine après un dégât d’eau. Cependant, lorsque cela est possible, quelques précautions simples permettent de préserver une quantité importante d’informations.
Il est particulièrement utile de photographier l’installation avant son démontage et de conserver l’ensemble des pièces pertinentes, et non uniquement celle ayant fait défaut.
Par exemple, conserver l’ensemble du bidet, même lorsqu’un seul tuyau semble avoir subi un bris, peut permettre de retracer la marque du produit, d’identifier son fabricant ou son distributeur et de déterminer si les différents composants appartenaient à l’assemblage d’origine.
Ainsi, lorsque les circonstances le permettent, impliquer rapidement un expert peut faire une différence importante dans votre dossier de réclamation.
[1] Les éditions applicables peuvent varier en fonction des années d’installation.
